Une étude révolutionne notre compréhension de la communication canine!


La communication entre l’humain et le chien repose en grande partie sur des signaux visuels et gestuels. Parmi eux, le pointage du doigt est l’un des gestes les plus utilisés pour diriger l’attention du chien vers un objet ou un lieu. Mais comment perçoivent-ils réellement ce geste? Comprennent-ils notre intention ou suivent-ils simplement un réflexe appris?

Une étude récente menée par Völter et al. (2025) apporte de nouveaux éléments de réponse grâce à une technologie innovante : le suivi oculaire mobile (eye-tracking). Cette approche permet d’analyser où et comment les chiens dirigent leur regard lorsqu’un humain leur donne un signal visuel.

Mais attention, bien que ces résultats soient fascinants, il faut garder à l’esprit que cette étude a été menée sur un échantillon limité d’une vingtaine de chiens seulement. Les conclusions sont donc prometteuses, mais mériteraient d’être confirmées par des recherches à plus grande échelle.

La communication référentielle chez le chien : un concept clé

La communication référentielle consiste à diriger l’attention d’un autre individu vers un élément précis. Chez l’humain, ce type de communication est omniprésent : nous utilisons des gestes (comme pointer du doigt), des expressions faciales et la voix pour indiquer un objet ou un événement. Les chiens l’utilisent aussi pour attirer notre attention.

Les chiens, ayant coévolué avec les humains pendant des millénaires, sont particulièrement sensibles aux signaux sociaux. De nombreuses études ont montré qu’ils sont capables de suivre un pointage du doigt pour localiser une récompense. Mais la question reste ouverte : comprennent-ils réellement le sens de ce geste ou réagissent-ils simplement de manière conditionnée?

L’apport du suivi oculaire mobile : voir à travers les yeux du chien

L’un des défis majeurs en cognition animale est de comprendre comment un chien perçoit réellement son environnement et interprète nos gestes. Jusqu’à présent, les études sur la communication homme-chien reposaient principalement sur des observations comportementales, laissant en suspens une question essentielle : quels indices visuels le chien utilise-t-il avant d’agir? Pour répondre à cette problématique, les chercheurs ont utilisé un dispositif de suivi oculaire mobile, une technologie déjà éprouvée chez les humains et certains animaux, mais encore peu exploitée chez le chien. Ce casque ultra-léger, spécialement conçu pour s’adapter à leur morphologie, permet de suivre avec précision la direction et la durée des fixations du regard, révélant ainsi comment le chien analyse une interaction avant de réagir.

Le protocole expérimental : une immersion dans le regard du chien

Grâce aux avancées technologiques, Völter et al. (2025) ont pu aller plus loin. Ce dispositif permet d’enregistrer en temps réel les mouvements du regard du chien, révélant où il porte son attention et comment il traite les signaux visuels donnés par un humain.

1. Un dispositif technologique innovant

Chaque chien participant à l’étude a été équipé d’un casque léger intégrant une caméra miniature, positionnée de manière à enregistrer précisément la direction de son regard.

Le dispositif permet d’obtenir des données en temps réel sur :

  • L’ordre dans lequel le chien observe son environnement (regarde-t-il d’abord le visage de l’humain, la main qui pointe ou l’objet visé?)

  • La durée de fixation sur chaque élément (passe-t-il beaucoup de temps à analyser le geste avant de réagir?)

  • Les variations d’attention selon les conditions expérimentales (le regard du chien change-t-il en fonction du contexte ou de la personne qui donne l’instruction?)

2. Le déroulement de l’expérience

Les chercheurs ont conçu un protocole en plusieurs étapes pour analyser comment les chiens perçoivent et interprètent le pointage humain.

  • Installation et acclimatation
    Avant de commencer l’expérience, les chiens ont été habitués à porter le casque de suivi oculaire. Il était essentiel qu’ils se sentent à l’aise et ne soient pas perturbés par l’équipement afin d’obtenir des résultats fiables.

  • Présentation des objets cibles
    Les chiens étaient placés dans une pièce avec plusieurs objets disposés à différentes distances et emplacements. Ces objets servaient de cibles potentielles pour le pointage.

  • Les gestes de pointage
    Un expérimentateur, positionné face au chien, effectuait différents types de gestes de pointage :
    • Pointage direct avec le doigt tendu vers un objet spécifique
    • Pointage du regard seul (sans bouger les mains)
    • Pointage combiné (regard + geste de la main)
    • Pointage ambigu (vers une zone où plusieurs objets sont présents)

Ces différentes conditions permettaient d’évaluer si le chien se fie uniquement au mouvement du bras ou s’il prend aussi en compte d’autres indices, comme la direction du regard humain.

  • Analyse des mouvements oculaires
    Les enregistrements des caméras étaient ensuite analysés pour observer :
    • Où le chien regardait en premier après le geste
    • Combien de temps il passait à fixer le visage de l’humain avant de suivre le pointage
    • S’il suivait toujours la main ou s’il vérifiait également l’objet pointé

Les principaux résultats : ce que les chiens regardent vraiment

L’analyse des données enregistrées grâce au suivi oculaire révèle plusieurs aspects clés du processus cognitif des chiens lorsqu’ils sont confrontés à un geste de pointage humain.

D’abord, les chiens ne suivent pas immédiatement le mouvement du bras. Avant de se diriger vers un objet, ils fixent d’abord le visage de l’humain. Ce comportement suggère qu’ils cherchent à capter une intention plutôt que de réagir mécaniquement à un geste. Ils semblent analyser l’expression faciale et la direction du regard avant de prendre leur décision.

Ensuite, la relation entre le chien et l’expérimentateur influence fortement la réactivité. Les chiens habitués à travailler avec leur propriétaire ou une personne familière suivent plus rapidement et précisément les indications, tandis que ceux confrontés à un inconnu hésitent davantage. Cela indique que la confiance et l’habitude jouent un rôle important dans l’interprétation des signaux humains.

Un autre élément déterminant est l’environnement visuel. Lorsque la pièce est épurée, les chiens suivent le pointage avec plus de facilité. En revanche, si l’arrière-plan est encombré ou si plusieurs objets sont proches les uns des autres, ils mettent plus de temps à prendre une décision. Cela montre que leur capacité à comprendre le geste dépend aussi du contexte et de la clarté des indices visuels.

Ces observations confirment que les chiens ne suivent pas un simple réflexe mais traitent activement les informations sociales et visuelles avant d’agir. Leur compréhension du pointage ne repose pas uniquement sur le mouvement, mais aussi sur l’attention portée au communicateur humain et sur l’environnement dans lequel se déroule l’interaction.

Les limites de l’étude : un échantillon encore trop restreint

Malgré ces avancées, il est important de souligner que l’étude a été réalisée sur une vingtaine de chiens seulement. Un échantillon aussi limité ne permet pas de tirer des conclusions définitives sur l’ensemble de la population canine.

Pourquoi est-ce un problème?

  • Les chiens ont des capacités cognitives et des expériences très variées selon leur race, leur âge, leur histoire de vie et leur niveau d’entraînement.
  • Un plus grand échantillon permettrait de vérifier si ces résultats sont généralisables ou s’ils concernent seulement certains profils de chiens.
  • Il serait intéressant d’étudier des chiens de refuges, des chiots ou encore des races ayant des capacités de communication différentes.

Ainsi, bien que cette étude soit une avancée majeure, elle doit être approfondie par des recherches à plus grande échelle.

Applications pratiques pour les propriétaires et les professionnels du chien

Même avec ces limites, les résultats offrent des pistes concrètes pour améliorer la communication avec son chien :

Utiliser des gestes clairs et précis
Évitez les mouvements brusques ou parasites qui pourraient brouiller le message.

Créer un environnement favorable à l’apprentissage
Un fond trop chargé visuellement peut distraire le chien et rendre le pointage moins efficace. Privilégiez un espace dégagé pour donner des instructions.

Renforcer la relation humain-chien
Un chien qui fait confiance à son humain sera plus attentif à ses gestes et les comprendra mieux.

Conclusion : une nouvelle manière d’explorer la cognition canine

L’étude de Völter et al. (2025) montre que les chiens ne suivent pas nos gestes de manière automatique, mais qu’ils analysent le contexte, la relation avec l’humain et leur environnement avant d’agir.

Grâce au suivi oculaire mobile, nous avons désormais un aperçu plus précis de ce que voit réellement un chien lorsqu’il interagit avec nous. Cette technologie ouvre la voie à de nouvelles recherches sur la cognition et la communication canine.

Cependant, avec un échantillon d’à peine vingt chiens, ces conclusions restent préliminaires. Il sera essentiel d’élargir les études pour mieux comprendre dans quelles conditions et chez quels types de chiens ces résultats s’appliquent.

Cliquez ici pour accéder à l’article de la revue scientifique. attention il est en anglais et dédié aux chercheurs

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