
Chaque année, la rentrée marque un moment de transition dans nos vies. Après la parenthèse estivale faite de temps libre, de vacances, de retrouvailles familiales et d’un rythme plus souple, nous reprenons le chemin du travail, des obligations et des journées planifiées à la minute près. Ce bouleversement, qui paraît naturel pour nous, n’est pas anodin pour nos chiens. Eux aussi vivent la rentrée, et parfois avec une intensité émotionnelle bien supérieure à ce que l’on imagine.
L’été : un temps de cohabitation intense
Durant l’été, la majorité des chiens profitent d’une présence humaine beaucoup plus constante. Les enfants restent à la maison, les adultes s’accordent du temps libre, les journées s’étirent autour de promenades, de voyages ou d’instants partagés.
Dans ce contexte, le chien bénéficie d’une stimulation sociale accrue, parfois même d’une hyperprésence. C’est un animal social qui a évolué pendant des millénaires à nos côtés, habitué à vivre au sein d’un groupe soudé. Sa vie de famille, au sens humain du terme, constitue aujourd’hui son groupe social principal. Lorsque la rentrée vient briser brutalement ce rythme, la différence est immense pour lui.
Un parallèle avec le déconfinement
J’ai pu constater à quel point cette rupture peut être déstabilisante à travers un exemple récent : lors du premier déconfinement, j’ai été énormément sollicité pour des cas d’anxiété de séparation. Les chiens, habitués à être entourés vingt-quatre heures sur vingt-quatre par leurs humains, se sont retrouvés seuls du jour au lendemain.
Le parallèle avec la période de rentrée est frappant : dans les deux situations, il s’agit d’un changement brutal du contexte social du chien, qui passe d’une présence permanente à des absences prolongées sans transition progressive.
Les enseignements de la recherche scientifique
Des études scientifiques confirment ces observations de terrain.
Une recherche menée au Royaume-Uni a montré que près de 10 % des chiens qui ne présentaient pas de troubles liés à la séparation avant le confinement en ont développé après, en particulier chez ceux qui avaient été très peu laissés seuls pendant cette période (Harvey et al., 2022).
D’autres travaux ont mis en évidence que les chiens étaient significativement plus susceptibles de manifester de l’anxiété lorsqu’ils se retrouvaient à nouveau seuls après la fin du confinement strict (Weng et al., 2023).
De manière plus approfondie, Sherwell et ses collègues ont montré que les chiens qui présentaient déjà des signes d’anxiété de séparation avant la pandémie étaient plus à risque de voir leurs troubles s’aggraver pendant et après le confinement (Sherwell, 2021).
Enfin, une publication récente a détaillé les différents facteurs associés à l’anxiété de séparation, tels que la difficulté à tolérer la solitude, les aboiements excessifs ou l’attachement très marqué au propriétaire (Takahashi et al., 2025).
Un impact profond sur le bien-être
Ces données scientifiques viennent confirmer que ce que nous vivons à la rentrée n’est pas anecdotique. Il ne s’agit pas seulement d’une réorganisation pour l’humain : c’est aussi un bouleversement majeur pour le chien.
Ce dernier, soudainement privé d’une présence à laquelle il s’était habitué, se trouve confronté à une solitude qu’il n’a pas apprise à gérer. L’apparition ou l’aggravation de troubles du comportement, tels que les destructions, les vocalisations ou une hypervigilance, n’est donc pas surprenante.
Le stress qui en découle n’est pas seulement une réaction passagère : il peut s’installer dans la durée et provoquer une élévation chronique du cortisol, l’hormone du stress, avec des conséquences sur la santé générale du chien, notamment sur son système immunitaire, son sommeil et même ses capacités d’apprentissage.
Comment accompagner son chien
Pour prévenir ces difficultés, la clé réside dans l’anticipation. L’idéal est de réintroduire des moments de solitude dès la fin de l’été, afin que le chien comprenne que l’absence des membres de la famille n’est pas une rupture définitive mais une situation temporaire et normale.
Il est tout aussi important de préserver des instants de qualité avec son chien, même si le temps vient à manquer. Une promenade riche en stimulations olfactives et sociales, même plus courte, sera toujours plus bénéfique qu’une sortie expédiée.
La stimulation cognitive joue également un rôle essentiel. L’apprentissage de nouveaux comportements, les jeux de recherche ou encore les activités de flairage sont autant de moyens d’enrichir le quotidien du chien et de réduire son stress.
Conclusion
Chaque chien est un individu unique. Certains traverseront la rentrée sans difficulté, tandis que d’autres, plus sensibles, manifesteront leur malaise de manière marquée. Les jeunes chiens, ceux récemment adoptés ou ceux qui présentent déjà une tendance anxieuse sont particulièrement vulnérables. Dans ces situations, il est préférable de ne pas attendre que les troubles s’installent et de se tourner vers un accompagnement professionnel pour mettre en place des solutions adaptées.
La rentrée n’est donc pas seulement une affaire d’humains. C’est un moment crucial pour le bien-être de nos chiens. En anticipant les changements, en adaptant nos pratiques et en restant attentifs à leurs besoins, nous leur permettons de traverser cette période en douceur. Un chien qui reste équilibré malgré les transitions du quotidien, c’est un compagnon plus heureux, mais aussi une relation renforcée et plus harmonieuse entre l’animal et sa famille.
Weng et Ogata, 2023 – The Impact of COVID-19 Pandemic on Pet Behavior and Human-Animal Interactions
Takahashi et al., 2025 – Analyse approfondie des facteurs de l’anxiété de séparation