Chiot ingérable après quelques jours : pourquoi ce changement brutal ?

C’est un appel que les professionnels du comportement canin connaissent bien. Surtout après l’arrivée d’un chiot à la maison à la suite d’un salon du chiot, souvent du à des problèmes de sevrages, mais ce n’est pas la seule raison. Je traite de ces questions plus précidément dans mes nombreux articles de la catégorie éducation et apprentissage.

Chiot devenu ingérable et mordillant les mollets d'une personne

« Au début, il dormait presque tout le temps. On pensait avoir un chiot très calme. 15 jours plus tard, il court partout, saute sur les enfants, mord les mains, attrape les vêtements, n’écoute plus rien… Qu’est-ce qui s’est passé ? »

Très souvent, la réponse est : rien d’anormal ne s’est passé.

Le chiot n’a pas soudainement « changé de caractère ». Il a simplement commencé à se sentir suffisamment à l’aise pour exprimer davantage de comportements, tout en traversant une période de développement particulièrement intense. À cela s’ajoutent les apprentissages qui se mettent en place dès les premiers jours dans sa nouvelle famille.

C’est aussi pour cette raison que des propriétaires qui se sont pourtant parfaitement renseignés avant l’arrivée du chien peuvent se retrouver dépassés au bout d’une ou deux semaines.

Et ce n’est pas un échec de leur part. Découvrez pourquoi le comportement d’un chiot évolue brutalement après son arrivée à la maison, et comment agir pour l’accompagner sans culpabiliser.

Pourquoi les premiers jours ne montrent pas le vrai comportement du chiot

Lorsqu’un chiot arrive dans une nouvelle maison, il découvre simultanément un nouvel environnement, de nouvelles odeurs, de nouveaux bruits, de nouvelles personnes, de nouvelles règles et souvent une séparation récente d’avec sa mère et sa portée.

Pour lui, tout est nouveau.

Cette nouveauté peut modifier considérablement son comportement. Les travaux consacrés à la socialisation canine montrent d’ailleurs que cette période précoce est une phase particulièrement importante du développement comportemental. Une revue systématique de la littérature souligne notamment que les expériences vécues pendant cette période peuvent influencer les comportements ultérieurs, tout en rappelant que les mécanismes et le calendrier exact de la socialisation sont plus complexes que les nombreuses « règles » simplifiées que l’on retrouve sur Internet.

Il faut donc être prudent avec une interprétation très humaine du comportement des premiers jours : « Il est tellement calme, il doit être naturellement facile. »

Un chiot peut simplement être en train d’explorer, d’observer et de s’adapter.

À mesure que son environnement devient prévisible, il peut commencer à prendre davantage d’initiatives. Il connaît mieux les lieux, reconnaît les personnes qui l’entourent, anticipe les moments de jeu, comprend quelles interactions sont possibles et découvre progressivement comment obtenir ce qu’il veut.

Son comportement devient alors beaucoup plus visible, ce qui donne parfois aux propriétaires l’impression que le chiot s’est « réveillé » ou qu’il est devenu soudainement beaucoup plus difficile.

Le chiot apprend extrêmement vite, y compris ce que nous ne voulions pas lui apprendre

C’est probablement l’un des aspects les plus importants à comprendre.

Un chiot n’apprend pas uniquement pendant les séances d’éducation. Il apprend en permanence.

Lorsqu’il saute sur quelqu’un et que cette personne le regarde, lui parle, le caresse ou le repousse, quelque chose peut être appris. Lorsqu’il mordille un pantalon et que celui-ci se met à bouger, l’interaction peut devenir particulièrement intéressante. Lorsqu’il aboie et qu’une personne finit par lui donner de l’attention, le comportement peut également être renforcé.

Cela ne signifie absolument pas que les propriétaires « récompensent volontairement les mauvais comportements ». C’est précisément le piège : ce qui constitue une conséquence agréable ou intéressante pour le chien n’est pas toujours évident pour l’humain.

Les recherches expérimentales sur le comportement canin montrent que l’accès à l’humain et à son attention peut effectivement fonctionner comme un renforçateur. Des études ont notamment montré que l’interaction sociale peut augmenter la probabilité qu’un chien reproduise un comportement.

Le saut sur les personnes en constitue un très bon exemple. Dans une étude expérimentale consacrée à ce comportement, l’attention du propriétaire ou l’accès à certains objets ont été identifiés comme des conséquences susceptibles de maintenir les sauts. Lorsque les propriétaires apprenaient à modifier les contingences auxquelles le chien était soumis, le comportement pouvait diminuer.

Autrement dit, le chiot n’a pas besoin que quelqu’un lui dise « bravo » pour apprendre. Il lui suffit que son comportement produise régulièrement quelque chose qui lui convient.

C’est ainsi qu’en quelques jours peuvent apparaître de véritables habitudes d’interaction.

Chiot qui mordille : ce n’est pas forcément un problème d’agressivité

Le mordillement est probablement l’un des comportements qui inquiètent le plus les nouveaux propriétaires.

Les mains, les vêtements, les pieds, les cheveux, les enfants… tout peut devenir une cible.

Pourtant, chez le jeune chien, le fait d’utiliser sa bouche pour explorer et interagir avec son environnement n’est pas en soi surprenant. Les problèmes de mordillement et de comportement oral font d’ailleurs partie des difficultés classiquement rencontrées par les propriétaires de chiots et ceci est différent des vrais problèmes d’agressivité qui pourraient se mettre en place au cours de la vie du chien.

La difficulté vient du fait que le même comportement peut avoir plusieurs fonctions. Un chiot peut mordiller parce qu’il joue, parce qu’il cherche une interaction, parce qu’il est excité, parce qu’il explore, parce qu’il a besoin d’une activité adaptée ou parce qu’il n’arrive plus à gérer son niveau d’activation.

Le contexte est donc essentiel.

Une étude expérimentale portant spécifiquement sur le mordillement chez le chien a montré que, selon les individus et les situations, l’attention humaine et l’accès à des objets pouvaient contribuer au maintien de ce comportement. Des interventions basées sur l’analyse de ce qui renforçait effectivement le comportement ont permis de le réduire chez les chiens étudiés.

Dire simplement à un propriétaire « il faut lui apprendre à ne pas mordre » est donc beaucoup moins utile que de chercher à comprendre pourquoi le chiot mord à ce moment précis et ce que ce comportement lui permet d’obtenir ou de réguler.

Le chiot grandit pendant que nous essayons encore de comprendre son mode d’emploi

Il y a un autre élément fondamental : pendant que la famille s’adapte au chiot, le chiot, lui aussi, change.

Son comportement à huit, dix, douze ou seize semaines n’est pas celui d’un chien adulte en miniature.

Les études longitudinales montrent que les propriétaires observent de nombreux changements comportementaux au cours de la croissance. Une vaste étude britannique portant sur des chiens suivis de 12 semaines à 2 ans a notamment montré que la manière dont les propriétaires interprètent les comportements évolue avec l’âge. Fait particulièrement intéressant, à 12-16 semaines, le mot le plus fréquemment associé aux commentaires négatifs des propriétaires était « bite » (« morsure » ou « mordillement »).

Autrement dit, ce que vous vivez avec votre chiot n’est pas une impression isolée : les comportements difficiles font réellement partie de ce que les propriétaires observent au cours de cette période.

Et l’évolution ne s’arrête évidemment pas après les premières semaines.

Avec l’âge apparaissent progressivement davantage d’autonomie, d’exploration, de capacités physiques et de possibilités d’interaction avec l’environnement. Puis arrive l’adolescence, qui constitue elle-même une période comportementale particulière. Des travaux expérimentaux ont mis en évidence, chez les jeunes chiens, une phase de baisse transitoire de la réactivité aux demandes et de la « trainabilité » autour de l’adolescence, avec des caractéristiques comparables à certains phénomènes observés chez les adolescents humains.

Le fameux « il n’écoute plus rien alors qu’il savait parfaitement le faire » peut donc parfois correspondre à une évolution développementale réelle, et pas simplement à un propriétaire qui aurait « raté » son éducation.

Pourquoi le chiot semble devenir de plus en plus excité

Il existe aussi un phénomène très simple : plus un chiot expérimente son environnement, plus il découvre de choses intéressantes à y faire.

Au début, il peut surtout dormir, observer et suivre ses humains.

Puis il découvre qu’un jouet se poursuit lorsqu’on le pousse. Qu’un pantalon bouge lorsqu’on l’attrape. Qu’une personne réagit lorsqu’on lui saute dessus. Qu’un autre membre de la famille joue davantage que les autres. Qu’un bruit dans la rue mérite peut-être d’être regardé. Qu’une porte mène quelque part. Qu’un canapé permet de grimper. Qu’un humain possède des objets extrêmement amusants.

Le monde devient progressivement un terrain d’apprentissage, et certains comportements deviennent rapidement efficaces.

C’est l’une des raisons pour lesquelles un chiot peut donner l’impression de devenir « de plus en plus infernal » alors qu’il est simplement devenu plus compétent pour obtenir ce qu’il souhaite.

Les capacités d’apprentissage du chien permettent effectivement à certains comportements de se modifier très rapidement lorsque leurs conséquences changent. Des travaux expérimentaux ont par exemple montré que des modifications du renforcement pouvaient entraîner des changements comportementaux mesurables en très peu d’essais.

Le chiot n’attend donc pas d’avoir six mois pour apprendre les règles de la maison. Il apprend dès le premier jour.

Ce n’est pas seulement le chiot : c’est l’interaction entre le chiot et son environnement

Un chiot n’évolue jamais seul.

Son comportement dépend de son tempérament, de son histoire, de son développement, de son environnement et de la manière dont les humains répondent à ses comportements.

Cela signifie qu’un même chiot peut être relativement facile dans une situation et beaucoup plus difficile dans une autre.

Un chiot peut rester calme avec un adulte assis dans le salon et devenir totalement excité lorsque trois enfants rentrent de l’école. Il peut être capable de marcher tranquillement dans une rue calme mais sauter sur tout le monde dans un environnement très stimulant. Il peut réussir un exercice lorsqu’il est reposé et devenir incapable de répondre lorsqu’il est très excité.

Le contexte n’est donc pas un détail : il fait partie du comportement.

Les recherches sur les interactions entre chiens et humains montrent d’ailleurs que les caractéristiques du chien, celles de son propriétaire et la manière dont ils interagissent sont toutes susceptibles d’être associées aux résultats de l’entraînement. Le temps consacré au travail et certains comportements du chien peuvent notamment influencer la réussite de l’éducation.

Cela permet de comprendre pourquoi lire dix livres sur l’éducation canine ne garantit pas de savoir quoi faire à 18 h 30 lorsqu’un chiot surexcité mord simultanément les mains, le pantalon et les lacets pendant que les enfants courent dans le salon.

La connaissance théorique et la capacité à gérer une situation réelle ne sont pas la même compétence.

« Pourtant, nous nous étions vraiment renseignés »

C’est probablement la phrase que les propriétaires ont le plus besoin d’entendre : vous pouvez vous être parfaitement renseignés et être quand même dépassés.

S’informer avant l’arrivée d’un chien est extrêmement utile. Mais savoir qu’un chiot doit être socialisé, qu’il faut lui apprendre la propreté, lui proposer des jouets et commencer son éducation ne permet pas nécessairement de prévoir la réalité quotidienne.

La difficulté vient notamment de l’accumulation. Un propriétaire peut gérer parfaitement le mordillement. Puis le chiot saute. Puis il recommence à mordiller. Puis il court après l’enfant. Puis il aboie. Puis il ne veut plus se calmer. Puis il s’endort. Puis il recommence vingt minutes plus tard.

Ce n’est pas forcément un problème isolé. C’est souvent un système d’interactions qui n’a pas encore été compris et organisé.

Une étude longitudinale récente sur les jeunes chiens est particulièrement intéressante à ce sujet : près d’un tiers des propriétaires interrogés avaient sous-estimé la difficulté de l’éducation, cette sous-estimation étant plus fréquente chez les personnes ayant leur premier chien.

Cela ne signifie pas que les nouveaux propriétaires sont mal préparés. Cela signifie simplement que la réalité de vivre avec un jeune chien est difficile à imaginer avant de l’avoir vécue.

Le calme des premiers jours n’est pas un diagnostic de tempérament

Il faut également se méfier d’une autre conclusion trop rapide : « Au début il était calme, donc maintenant il est devenu un chien très énergique. »

Les choses sont probablement plus complexes.

Une étude sur le sommeil des chiens suivis longitudinalement montre d’ailleurs que les habitudes de sommeil évoluent entre 16 semaines et 12 mois. Les propriétaires de chiots de 16 semaines rapportaient notamment davantage de sommeil pendant la journée et sur l’ensemble des 24 heures que chez les chiens plus âgés.

Le sommeil, l’activité, la maturation et l’apprentissage évoluent ensemble.

Il est donc tout à fait possible que la famille ait réellement vécu un changement spectaculaire dans les premières semaines, sans que cela signifie que le chiot ait développé soudainement un « mauvais caractère ».

Il est devenu un peu plus familier avec son environnement. Il a appris. Il a grandi. Et il a commencé à manifester beaucoup plus clairement ses besoins, ses préférences et ses stratégies comportementales.

Ce qui ressemble à une catastrophe à deux semaines peut être un moment important

Lorsque les premiers appels arrivent quelques semaines après l’arrivée d’un chiot, il est tentant de considérer le problème comme une régression.

Je préfère souvent le voir autrement.

C’est précisément à ce moment que la famille commence à avoir suffisamment d’informations pour comprendre que le quotidien avec un chiot demande plus qu’une simple liste de conseils.

Le chiot a commencé à apprendre comment fonctionne sa maison. La famille a commencé à apprendre comment fonctionne son chiot. Et il faut maintenant faire correspondre les deux.

L’objectif n’est pas de fabriquer un chiot qui ne saute jamais, ne mordille jamais, ne s’excite jamais et reste tranquillement couché toute la journée. L’objectif est de construire progressivement un chien capable de vivre dans son environnement, de gérer ses émotions et son excitation, de communiquer efficacement et de trouver des comportements qui fonctionnent pour lui sans devenir problématiques pour les humains qui l’entourent.

Cette nuance est importante, parce que certains comportements considérés comme « gênants » sont parfaitement normaux dans leur principe. Ce qui doit évoluer, c’est leur fréquence, leur intensité, leur contexte ou la manière dont le chien apprend à les gérer.

Demander de l’aide tôt n’est pas un aveu d’échec

Au contraire.

Plus une famille attend que la situation devienne épuisante, plus elle risque de s’installer dans des interactions qui renforcent involontairement certains comportements.

Les problèmes comportementaux constituent d’ailleurs une cause importante de renoncement à la garde d’un chien. Dans différentes études, les difficultés comportementales apparaissent régulièrement parmi les raisons importantes de renoncement ou de demande d’aide.

Une étude menée auprès de propriétaires ayant renoncé à leur chien est particulièrement révélatrice : lorsqu’on leur posait une question générale sur l’existence de problèmes de comportement, beaucoup répondaient qu’ils n’en avaient pas. En revanche, lorsqu’on leur présentait des questions précises sur différents comportements, les difficultés apparaissaient beaucoup plus clairement. Les auteurs suggèrent notamment qu’une partie du problème peut venir d’une difficulté à reconnaître ou à interpréter certains comportements.

C’est exactement pourquoi une consultation précoce peut être utile.

Il n’est pas nécessaire d’attendre qu’un chiot soit devenu impossible à gérer. Comprendre ce qui se passe lorsqu’il mordille, saute, s’excite, poursuit les enfants ou n’arrive plus à se poser permet souvent de changer rapidement la manière dont toute la famille interagit avec lui.

Et plus tôt les humains comprennent ce que le chien apprend de leurs interactions quotidiennes, plus il est facile de construire de bonnes habitudes.

Questions fréquentes

Pourquoi mon chiot était calme les premiers jours et plus du tout maintenant ? Les premiers jours, le chiot découvre un environnement totalement nouveau et adopte souvent une attitude d’observation. Une fois rassuré et habitué aux lieux, il commence à explorer davantage et à exprimer son comportement naturel, qui peut sembler beaucoup plus intense.

À partir de quel âge un chiot devient-il plus difficile ? Les études montrent que les débordements comportementaux, notamment le mordillement, sont particulièrement fréquents entre 12 et 16 semaines, puis une retour en arrière de l’apprentissage peut apparaître à l’adolescence.

Le mordillement est-il un signe d’agressivité chez le chiot ? Non, dans la grande majorité des cas, le mordillement chez le jeune chien correspond à de l’exploration, du jeu ou une recherche d’interaction, pas à de l’agressivité.

Quand faut-il consulter un professionnel du comportement canin ? Le plus tôt possible, dès que les comportements deviennent difficiles à gérer au quotidien. Une consultation précoce permet souvent d’éviter que des habitudes indésirables ne s’installent durablement.

Le message essentiel à retenir

Si votre chiot était très calme lorsqu’il est arrivé et qu’il semble aujourd’hui beaucoup plus remuant, mordilleur, joueur, excité ou difficile à canaliser, cela ne signifie pas nécessairement que vous avez fait quelque chose de travers.

Il est probablement simplement en train de devenir progressivement lui-même dans un environnement qu’il connaît maintenant mieux. Il découvre ce qui fonctionne. Il apprend ce qui déclenche une interaction. Il développe ses capacités physiques et comportementales. Et vous êtes, vous aussi, en train d’apprendre à vivre avec lui.

C’est précisément pour cela que les premières semaines avec un chiot ne devraient pas être considérées comme une période pendant laquelle il faudrait simplement « attendre qu’il se calme ». C’est une période d’apprentissage particulièrement importante.

Et lorsqu’un chiot commence à sauter, mordiller, courir partout ou solliciter constamment les humains, la bonne question n’est pas seulement : « Comment faire pour qu’il arrête ? »

La question la plus intéressante est souvent : « Qu’est-ce que ce comportement lui apporte, dans cette situation précise, et qu’est-ce que nous pouvons lui apprendre à faire à la place ? »

C’est généralement à partir de là que l’on cesse de subir le comportement du chiot pour commencer réellement à l’accompagner dans son développement.


Vous vivez une période difficile avec votre chiot ? N’attendez pas que la situation s’aggrave : une consultation en comportement canin peut vous aider à comprendre et à accompagner votre compagnon dès maintenant.

Sources:

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